Est-ce les remous de l’actualité, les cataclysmes économiques, les menaces qui pèsent sur le bassin liégeois qui font que cet homme sur scène convoque les fantômes de son passé, ou bien est-il simplement hanté
par eux? En tout cas, il remonte le cours de son histoire, de sa naissance à la perte de ses parents. La maison sans grâce, le boudin, la mère à ses fourneaux dans la cuisine, le père rentrant de l’usine, les oncles, les tantes, les Saint-Nicolas … Tout ce qu’il raconte est-il vrai ou faux? Qu’importe. À travers ses propos, les odeurs,
les images et les bruits, c’est l’évocation d’une jeunesse au « pays de l’usine » qui s’esquisse et c’est l’histoire d’un homme d’aujourd’hui qui se dessine.
De Spoutnik, le seul récit autobiographique Jean-Marie Piemme ait écrit, Virginie Thirion et Philippe Jeusette tirent une adaptation théâtrale où le travail, la filiation, la famille avec la figure du père en point névralgique, constituent la matière première du spectacle. L’histoire n’est aucunement l’expression d’une vision nostalgique, où le passé serait glorifié au détriment du présent, et les morts auréolés de perfection. Elle tend plutôt à raviver les émotions qui ont traversé ce passé, pour évoquer et, pourquoi pas, partager cet héritage à la fois inné et acquis, qui nous constitue au présent.
Sylvie Somen – Théâtre Varia